Réinventer sa vie dans les Gorges de l'Aveyron
À 40 ans, Émilie Thomas incarne une trajectoire singulière de reconversion professionnelle, faite de bifurcations assumées et d’un profond changement de vie. Née en Essonne, dans un environnement où la nature s’invitait déjà au quotidien, elle a d’abord tracé une voie artistique exigeante avant d’engager une véritable reconversion pour renouer avec une passion d’enfance : les plantes médicinales. Aujourd’hui installée à Caylus, elle témoigne d’un changement de vie réussi, entre transmission, engagement local et reconnexion au vivant.
Une première carrière artistique à Paris
« Je suis née en région parisienne, en Essonne, un territoire très vert. J’ai grandi entourée de végétation, avec un jardin, et très tôt, je me suis intéressée au monde du végétal », raconte Émilie Thomas. Une rencontre marquante avec une religieuse passionnée de plantes médicinales ancre définitivement cette curiosité dans son quotidien. « Elle m’a introduite aux plantes médicinales. C’est quelque chose avec lequel j’ai grandi. »
Pourtant, la jeune femme n’envisage pas immédiatement cette voie comme une reconversion professionnelle. La législation française sur l’herboristerie, complexe et restrictive, freine ses ambitions. Elle choisit alors une autre voie : des études d’histoire et d’histoire de l’art, complétées par un CAP vitrail. Elle devient maître verrier et s’installe à Paris, où elle développe rapidement une activité florissante. « J’ai monté un atelier, ça a très vite fonctionné. J’ai eu beaucoup d’opportunités. »
💬 « C’est un vrai lieu de vie. Les gens travaillent ici, vivent ici, il y a une activité associative très forte. »
💬 « [ Bazart ] a été ma porte d’entrée sur le territoire. J’ai rencontré énormément de monde, ça m’a permis de m’ancrer. »
Quitter la ville pour une vie plus proche de la nature
Mais au bout de quelques années, une question s’impose. Le rythme urbain, l’intensité de la capitale, finissent par entrer en contradiction avec ses aspirations profondes. « Moi, j’ai besoin d’ouvrir ma fenêtre le matin avec le chant des oiseaux, d’aller cueillir ce que je mange dans la nature. » La décision de quitter Paris devient alors une évidence.
Son installation tout d’abord dans le Tarn marque un premier tournant. À Cordes-sur-Ciel, elle teste une nouvelle organisation de vie, entre atelier et boutique. Si l’expérience est concluante sur le plan professionnel, elle se heurte à une réalité locale : un village très touristique, mais peu vivant hors saison. « Dès que la saison se terminait, tout était vide. Je n’arrivais pas à m’implanter humainement. »
C’est finalement à Saint-Antonin-Noble-Val et alentours qu’elle concrétise pleinement sa reconversion de vie. Un territoire vivant toute l’année, où se mêlent dynamisme associatif, diversité humaine et proximité immédiate avec la nature. « C’est un vrai lieu de vie. Les gens travaillent ici, vivent ici, il y a une activité associative très forte. »
Une reconversion professionnelle ancrée dans le territoire
Son intégration passe notamment par l’engagement associatif. Elle rejoint rapidement Bazart, un tiers-lieu local, où elle s’investit jusqu’à en devenir présidente. « Ça a été ma porte d’entrée sur le territoire. J’ai rencontré énormément de monde, ça m’a permis de m’ancrer. » En parallèle, elle installe progressivement son atelier et amorce un détachement de son activité parisienne, préparant ainsi sa reconversion professionnelle.
Le déclic du confinement : une reconversion assumée
Le véritable basculement intervient lors du confinement. Alors qu’elle pensait consacrer ce temps suspendu à son métier de verrière, c’est finalement dans la nature qu’elle se réfugie. « Je n’ai pas mis les pieds dans mon atelier. J’étais dans mon jardin, dans les bois, à cueillir. » Une prise de conscience s’opère, marquant un tournant décisif dans sa reconversion. « Quand j’ai eu le choix, je n’ai pas choisi le verre. J’ai choisi les plantes. »
Cette évidence marque le début d’une reconversion professionnelle. Émilie Thomas décide de se consacrer pleinement à l’herboristerie, à la connaissance des plantes sauvages et à leur transmission. Elle actualise ses compétences, s’implique dans des associations et devient formatrice, animatrice de balades botaniques et coordinatrice de projets liés à la nature. « Ce goût que j’avais depuis jeune était toujours là. Il fallait que j’en fasse quelque chose. »
💬 «Je rencontre des personnes aux parcours très différents, des agriculteurs, des artistes, des commerçants… Cette diversité me nourrit énormément. »
💬 « Quand j’ai quitté Paris, mes amis craignaient que la culture me manque. Mais ici, j’ai tout ce qu’il faut, avec une accessibilité bien plus grande et des propositions d’une qualité remarquable »
Vivre sa reconversion dans les Gorges de l’Aveyron
Aujourd’hui, son quotidien reflète cette nouvelle orientation. Entre ateliers, formations et rencontres, elle évolue dans un environnement riche et stimulant. « Je rencontre des personnes aux parcours très différents, des agriculteurs, des artistes, des commerçants… Cette diversité me nourrit énormément. » Elle souligne également la richesse naturelle du territoire, entre les gorges de l’Aveyron, la vallée de la Bonnette ou encore la forêt de Grésigne. « C’est un luxe incroyable de pouvoir, en cinq minutes, passer de son activité à une immersion totale dans la nature. »
Contrairement aux idées reçues, elle insiste sur le dynamisme local tout au long de l’année où concerts, expositions, festivals et programmations associatives rythment l’année. « À la base je suis quand même du milieu artistique, donc quand j’ai quitté Paris, mes amis craignaient que la culture me manque. Mais ici, j’ai tout ce qu’il faut, avec une accessibilité bien plus grande et des propositions d’une qualité remarquable », confie-t-elle. De l’Abbaye de Beaulieu à la diversité des associations locales, en passant par les sorties collectives organisées par O’babelbut vers les grandes villes voisines, l’offre culturelle dépasse largement les clichés d’un territoire rural isolé.
Sur ce territoire, Émilie entretient un quotidien très vivant. Curieuse insatiable, elle s’épanouit dans la diversité des rencontres qu’offre le territoire : agriculteurs de génération en génération ou nouveaux installés en reconversion, artisans, artistes, commerçants, thérapeutes ou acteurs du bien-être… Grâce au tiers-lieu Maison P’Art Nature et à son engagement associatif, notamment au sein du centre de formation EWÉ où elle anime balades botaniques et cours d’herboristerie, Émilie participe à une dynamique collective vivante et créative qui s’inscrit pleinement dans la vie locale foisonnante.
Ses conseils pour réussir sa reconversion
Pour celles et ceux qui envisagent une reconversion professionnelle en milieu rural, Émilie Thomas livre un regard lucide. Le territoire offre des opportunités, mais demande implication et adaptation. « Il faut aller rencontrer les gens, s’inscrire dans le tissu local, ne pas rester en retrait. »
Sur le plan professionnel, elle recommande une réflexion approfondie. « C’est indispensable de faire une vraie étude de marché, être créatif et prêt à s’adapter. » Elle met également en garde contre certaines illusions, notamment dans les secteurs déjà saturés. « J’ai vu des personnes s’installer en pensant trouver une clientèle immédiatement. Ce n’est pas toujours le cas. Pour ma part, j’ai développé mon activité sur plusieurs territoires alentours et jusqu’à Albi. »
Pour elle, la clé réside dans la complémentarité et la patience : « Ceux qui réussissent sont ceux qui conjuguent réalisme et inventivité, parfois en combinant plusieurs activités, pour construire une installation pérenne. »
💬 « Ceux qui réussissent sont ceux qui conjuguent réalisme et inventivité, parfois en combinant plusieurs activités, pour construire une installation pérenne. »
Un changement de vie inspirant
Au-delà des aspects pratiques, c’est une philosophie de vie qu’elle défend. Un équilibre entre activité professionnelle, engagement local et lien à la nature.
« Plus les gens viendront s’installer, plus cela nourrira cette dynamique de vie à l’année ! »
Le parcours d’Émilie Thomas illustre une tendance de fond : celle de femmes et d’hommes qui choisissent une reconversion professionnelle pour engager un véritable changement de vie, loin des grandes métropoles. Une trajectoire inspirante, ancrée dans un territoire où il est encore possible de conjuguer activité professionnelle, engagement et qualité de vie.
Son coup de ❤️ local
Émilie a contribué, aux côtés de l’association EWÉ, à l’élaboration du livre de recettes locales Promenade gourmandes en Causses et Gorges de l’Aveyron (à retrouver dans les Offices du Tourisme de Saint-Antonin, Caylus et Laguépie), un ouvrage qui mêle recettes, cueillettes buissonnières et itinéraires de balade. On y retrouve plusieurs de ses lieux favoris, comme les sentiers de Lacapelle-Livron, d’où elle aime partir à pied, cueillir quelques plantes, longer la cascade pétrifiante de Caylus ou profiter des panoramas. Ce livre reflète son attachement profond à ce territoire, à la fois sauvage et généreux.
Parmi ses autres coups de cœur : la librairie Le Tracteur Savant à Saint-Antonin, véritable trésor local. Elle y puise de l’inspiration dans une sélection riche en ouvrages sur la nature, la cuisine, la jeunesse ou la bande dessinée. Mais c’est aussi un lieu vivant, où l’on peut rencontrer des auteurs dans une ambiance simple et conviviale. Comme ses balades préférées, c’est un endroit où l’on ralentit, où l’on savoure, et où chaque détail compte.
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